Flânerie aviaire

L’air est chargé. Quelques gouttes sont délestées pour un bref répit. Le poids ambiant alourdit le souffle et l’orage se fait désirer. La délivrance que procure le déchaînement électrique serait presque convoitée. Mais l’orage ne viendra pas. Et les pensées s’agitent, comme en réaction à l’appel météorologique.

Charge, tension.

Électrique, contraction.

Décharge, détente.

Il est l’heure de sortir, de dégourdir les jambes et l’esprit nerveux. L’attention s’attache aux ailes des oiseaux, sans raison.

Une aile à anomalie colorimétrique se déploie pour atteindre une branche voisine. Une rémige et une rectrice blanche forment chacune un liseré dans le plumage suie du merle. Elles font sa différence. Il est différent des autres merles noirs.

Une aile grise et les côtes thoraciques sanguinolente, reliquats de chairs d’un pigeon, gisent sur le gazon. Le vrombissement de l’essaim d’insectes nécrophages attirera de nouveau l’attention sur le chemin du retour au nid.

Une aile cassée, le goéland titube sur un rocher émergé. Un condamné à l’immobilité en son refuge funeste. Alors que continue la marche du monde, le goéland a l’aile cassée. Assise sur le banc, je le regarde. Il clopine, remonte l’épaule d’où pend le membre blessé, s’interrompt, scrute l’alentour, recommence. Des pas crissent derrière, dans le chemin, et éloignent avec eux les corps bipèdes. Autour de l’île rocheuse, les nageoires intactes frétillent. De petites formes aquatiques se propulsent à la surface, furtives. Elles y laissent, comme unique trace de leur mouvement, de petits cercles concentriques éphémères. Les deux voûtes plantaires pressent dans le sol terreux pour m’y dresser au-dessus. Les pas se dessinent avec une pensée: le goéland à l’aile cassée peut-il flotter?

Une aile juvénile grise tachetée: jeune goéland au ramage inachevé, pas encore fonctionnel. Placide au carrefour, sans empressement, sans flegme, il avance. Autour, des véhicules entament leur manœuvre giratoire vers une destination. Hésitation ou simple prudence, de courtes pauses saccadent la progression du palmé. Le voici maintenant dans le terrain vague à rejoindre son nid… à moins qu’il n’en soit tombé.

Trois marches de béton, des boîtes aux lettres collectives et la cage d’escalier se déploie devant moi. La flânerie touche à sa fin et me ramène au début.

Crédit illustration : Pixabay / OpenClipart-Vectors

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Une réflexion sur “Flânerie aviaire

  1. C’est fou moi aussi j’aime bien la tension de l’orage sous mon toit. Quand il pleut très fort. C’est comme bavarder avec le climat en le laissant a la porte.

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